Coupe au bol

Mercredi 30 novembre
Six jours déjà que la nouvelle édition de Laterna Magica a commencé. Avec une programmation qui donne envie de se laisser pousser les couettes.

Toute l'année, Fotokino déniche des petits trésors : films d'animation, illustrations, photographies... et quand revient l'hiver, l'association allume sa rituelle Laterna Magica, festival unique en son genre, cousu d'images et brodé de poésie. Pendant un mois (24 novembre - 24 décembre), se succèdent alors expositions, projections, ateliers et rencontres liés au vaste monde de l'image. 
L'évènement est familial et réjouissant, interactif et fascinant. Il se construit cette année autour de deux éléments majeurs : un artiste graphique, Ed Fella, et une exposition thématique : Le Livre, l'enfant et la Photographie. Il offre l'occasion de découvrir le nouveau lieu de résidence de Fotokino, le Studio, mais aussi de multiples autres lieux. Parmi les petites merveilles à découvrir, voici le choix de la coiffeuse :

De nombreux films pour jeune public (russes, tchécoslovaques, portugais, japonais, français...) aux Variétés et quelques autres à l'Alhambra, une séance de ciné-conte à La Baleine qui dit Vagues (Cours Julien). De multiples ateliers ludiques (tampotypographie, paysages de lumière, ciné-collages, etc.) pour tous les âges et un Grand Bazar sympathique, les 17 et 18 décembre, au théâtre de La Criée.

Mais aussi le travail d'Ed Fella :
Letters on America, Polaraïds
Atelier de Visu
19, rue des trois rois, 13006

Affiches, flyers, dessins, polaroids
Studio Fotokino
33, allées Léon Gambetta, 13001

Affiches, flyers
CIPM centre de la Vieille Charité
2, rue de la Charité, 13002

L'exposition Le Livre, l'Enfant et la Photographie
Bibliothèque de l'Alcazar
58, cours Belsunce, 13001

La Boîte à images et Les Petites Formes  
(23 très courts films d'animation du monde entier, graphiques, poétiques et/ou amusants)
Diffusion en boucle de 12H à 18h du mardi au samedi
Théâtre La Criée
30, quai de Rive-Neuve, 13007

Et aussi, du 17 au 23 décembre, une carte blanche donnée à Fotokino au Musée du Quai Branly à Paris avec des projections, ateliers et interventions d'artistes (notamment Isidro Ferrer).

Et évidemment, je vous invite à télécharger le programme complet ici :
http://fotokino.org/spip.php?article999

Retour aux racines

Vendredi 18 novembre
Ce soir, avant de m'endormir, Charles Berling me lit une histoire. Ou plutôt un extrait. Tiré du livre de Mathieu Belezi Les Vieux Fous. L'Algérie coloniale comme si on y était.

Il sort de l'ombre avec simplicité, barbe drue aux joues, demi-lunes sur le nez. Il s'assied devant une petite table, livre à la main, éclairé par une simple lampe de chevet. Dans le public, une soixantaine de personnes  écoutent Charles Berling, devenu pour quelques minutes la voix d'Albert Vandel. Et ce Vandel nous parle de lui, de son Algérie, de ses terres, éructe sa prospérité, raconte par le menu sa femme et ses enfants, fanfaronne sa réussite, dévoile son antisémitisme, sa bêtise crasse, son racisme assumé, sa méchanceté ordinaire. Répugnant, et pourtant humain, Vandel devient pitoyable et émouvant lorsqu'il évoque la mort de sa femme et de ses enfants, emportés en quelques heures par le choléra.

Après quarante minutes de lecture théâtrale, flot ininterrompu et délicieusement expressif de paroles exaltées, l'extrait s'achève sur un silence chargé d'émotion.
Les spectateurs, dont l'auteur Mathieu Belezi fait partie, sont sous le charme du comédien qui a su choisir un extrait à la fois pertinent et intrigant, et incarner le personnage avec talent. 
Le dialogue qui suit, entre auteur et comédien, n'aura pas la stature attendue... mais qu'importe, la soirée était belle et la performance remarquable.

Les Vieux Fous (Flammarion, 432 p., 22 €) retrace l'histoire de l'Algérie coloniale, incarnée par le personnage de Vandel, propriétaire de vignes arrogant, boursouflé d'orgueil et pétri de prétention. Le tableau peint par Mathieu Belezi trouve écho dans l'histoire de Charles Berling,  co-directeur du tout nouveau Théâtre Liberté à Toulon et dont le livre autobioraphique Aujourd'hui, maman est morte (Flammarion, 280 p., 17 €) évoque l'histoire de sa mère, née au Maroc pendant le protectorat français.

Lecture par Charles Berling d'un extrait du livre Les Vieux Fous de Mathieu Belezi
Cartonnerie Friche La Belle de Mai
Une production de La Marelle, villa des projets d’auteurs,
en partenariat avec Système Friche Théâtre et les éditions Flammarion

Théâtre en perruques

Mardi 8 novembre
Sur les planches du théâtre du Gymnase, les comédiens de la compagnie Vol Plané donnent un coup de jeune à l'Avare de Molière et en font une comédie moderne décalée.

Pas de costumes mais des perruques, pas de décor mais un fauteuil, et puis, plus tard, un caddy.

Les répliques de l'acte I s'enchaînent, ardues et monotones. Les comédiens évoluent sans conviction, les perruques passent de tête en tête. Le texte est d'origine bien que parfois raccourci.

Rappel des faits : Elise est éprise de Valère, son frère Cléante est quant à lui très attaché à Marianne que leur père Harpagon, pingre et mesquin, compte épouser.
 

Fin du premier acte : Harpagon propose une pause musicale pour détendre l'atmosphère, les comédiens jettent leurs perruques, s'adressent aux techniciens, soufflent avant de se lancer dans le deuxième acte.
Puis tout va très vite, les répliques fusent, les anachronismes fleurissent, Valère demande aux spectateurs combien ils ont payé leur place, Cléante quémande un euro à une téléspectatrice pour s'acheter un café, un chanteur chevelu entonne un hymne à l'euro. Lorsque Valère se fait battre par Harpagon, c'est avec une frite en mousse jaune. Quand Harpagon donne un banquet, oranges, madeleines et bouteilles d'eau valsent dans le public et servent de munitions à une bataille improvisée sur scène.
De cocasseries en inventions burlesques, les cinq actes se déroulent sous nos yeux ahuris, jusqu'au deus ex machina final, matérialisé par un petit parachute venu du paradis. Les faux billets pleuvent. Le public rit. les ficelles sont grosses, la comédie populaire, les blagues grasses mais personne ne boude son plaisir. La farce n'a pas pris une ride. 

L'Avare de Molière par la compagnie Vol Plané
Théâtre du Gymnase