Une petite coupe pour le Réveillon ?

Jeudi 30 décembre 
Salon de coiffure bien dans l'hair du temps mais surtout lieu de prédilection pour connaître les rumeurs culturelles de la ville, C'est dans l'Hair a décidé d'ouvrir un blog pour vous informer, régulièrement, partiellement et partialement, des événements marquants de l'actualité artistique à Marseille, future capitale européenne de la culture.
Déjà en ligne : quelques petites confiseries culturelles de l'année 2010.
Bonne lecture et très belle année 2011 !

Crêpage de chignon

Jeudi 23 décembre
La concurrence est rude.

 
















Espionnage industriel réalisé au 56, rue d'Endoume à Marseille


Des bigoudis dans le potage

Lundi 20 décembre 
L'humoriste et chroniqueur Stéphane Guillon était ce week-end à l'Espace Julien. Cervelle en ébullition sous une chevelure souple et ébouriffante, le spécimen m'intéresse.

On attend du lourd, du méchant, du trash, on veut des éclaircissements, des explications. On a presque envie de lui demander s’il va bien, depuis sa mise à pied de la radio publique France Inter, en juin dernier. Stéphane Guillon aborde d’emblée le sujet, crève l’abcès. Soutenu par le public visiblement acquis à sa cause, il gifle France Inter, écrase Philippe Val et achève Dominique Strauss-Khan avant d’enchaîner avec une dizaine de saynètes décousues.

Humour, démocratie et méchanceté
Sur les ondes du service public, on lui avait dit qu’il avait carte blanche, qu’il serait couvert quoi qu’il dise. Un sketch grinçant sur les sportifs handicapés a donné lieu à un premier avertissement, la chronique fatale sur Strauss-Khan a fini par pousser le trublion du service public, écouté et apprécié par près de deux millions d’auditeurs chaque matin, vers la sortie. « L’humour s’arrête là où commence la méchanceté » avait alors déclaré le directeur du FMI, blessé dans son orgueil. « Il ne me reste pas grand-chose, alors » répond Guillon.
Distillée ce soir sans excès, la méchanceté a réjoui. Et elle a été d’autant plus réjouissante qu’elle a dénoncé et bouleversé les codes du politiquement correct. Oui, il est plaisant de rire des handicapés même si une multitude de valides bien-pensants crie au scandale. Oui, il est plaisant de se moquer des politiques, même si c’est de leur physique. Tout n’est pas toujours drôle mais chacun y trouve son compte, les rires sont francs et le spectacle bon enfant.

Psychanalyse sur scène
Les thèmes choisis sont sombres, peut-être pour justifier cet humour de Guillon que l’on qualifie toujours de noir. De la naissance à la mort en passant par l’enfance, le vieillissement, la prison et Dieu, on a parfois l’impression d’assister à la psychanalyse de l’humoriste. Guillon règle ses comptes avec la vie. Au-delà de la méchanceté, on perçoit surtout l’angoisse de cet homme au front stressé, aux cheveux tourmentés, aux gestes nerveux. On s’interroge avec lui, un sourire crispé aux lèvres, et on se laisse emporter dans cet univers tour à tour étrange, surréaliste, grinçant, mordant, dérangeant. Un petit discours gêné vient clore cette dernière représentation à Marseille. Guillon remercie, explique ses précédents passages à Marseille, s’embrouille un peu, improvise des blagues bancales. On devine une fragilité. Peut-être la fatigue du dernier soir, légitime après cette franche partie de rigolade.

Extraits de l'article écrit pour www.marseillecapitale.fr et paru le 20.12.2010
http://www.marseillecapitale.fr/Guillon-regle-ses-comptes_a265.html


Une belle coupe de vainqueur

Vendredi 12 novembre 
Repéré au printemps par une mention spéciale, le projet Tower/City/Towers du collectif marseillais Aïe architectes est invité au festival d'urbanisme Verticapolis à Aix-en-Provence. Un rapide brushing et je suis sur place.





Une agréable conférence en fin de matinée, un samedi comme les autres. Le festival aixois Verticalopolis a cette année invité Jean Nouvel... et les Aïe architectes. Le projet [atypique sinon utopique] de ces derniers : une ville-tour, Tower/City/Towers, née d'une réflexion sur la densité, la ville de Marseille et les gratte-ciel. Efficace ou effrayant ?
Le contexte : un concours d'idées lancé par le magazine américain Evolo
Ma contribution : un texte explicatif en français et en anglais pour accompagner le dossier

Pour en savoir plus sur le projet Tower/City/Towers :
www.aie-architectes.com/aie-architectes/evolo.html


Le retour des pellicules

Mardi 3 août 
Cette semaine, pas un chat dans le salon : les amateurs de pellicules sont tous à Arles où les rencontres photographiques ont commencé. J'y vais aussi.

Cette année, les Rencontres Arles photographie proposent de l’insolite et du coloré, de l’émouvant et du burlesque, « du lourd et du piquant ». Depuis le début du mois de juillet, 60 expositions invitent à la promenade à travers la ville et au voyage à travers l’espace, le temps et les images.

Esthétisme et censure
Le premier voyage nous emmène dans la Chine des années 50 à 70, sous Mao. Avec l’exposition Re-visioning History, Zhang Dali décortique la propagande et la photographie manipulée. Pour y parvenir, l’artiste a effectué un minutieux travail de recherche pendant cinq ans. Il nous présente aujourd’hui l’original à côté de sa version modifiée, passée entre les petites mains de la censure chinoise. Entre l’original retrouvé et l’image parue dans les journaux internationaux, la différence est souvent minime. Il manque une médaille ici, un personnage là. Le visage de Mao, pas assez souriant, est remplacé par un autre, minutieusement découpé dans une autre photo. Ses dents sont étincelantes, comme celles de ces paysans présentés dans un article français glorifiant leur hygiène et leur vie saine.
Les légendes, peu nombreuses, manquent parfois mais celles qui sont présentes sont parlantes : « clean village » (« village propre »), « our family life is better everyday » (« notre famille se porte chaque jour un peu mieux »). Des inscriptions sur des banderoles sont changées, disparaissent, des portraits de Mao sont rajoutés sur les murs. On obtient au final de belles images, lisses et colorées, montrant des gens sains et heureux dans un monde idéalement composé et parfaitement harmonieux. Chaque chinois photographié devient alors une icône de perfection aux yeux du monde entier. Mais il ne s’agit pas toujours de politique, la motivation est souvent purement esthétique. On gomme un homme pas assez beau, une partie de la photo qui semble inutile, des jambes ou des bras parasites. Au final, l’exposition interroge par la force de son actualité. Dans nos démocraties actuelles, quelle image n’est pas passée par Photoshop avant d’arriver dans les pages de nos journaux ? Quel visage, quelles jambes n’ont pas été retouchées ? Se pose alors une question essentielle : où s’arrête l’esthétisme, où commence la censure ?

De la distraction à l'existentialisme

Inattendue et fascinante, l’exposition Shoot ! La photographie existentialiste se penche sur cette attraction de fête foraine qui, au milieu du XXe siècle, permettait de repartir avec son portrait en tirant à la carabine. Une Néerlandaise, Ria van Dijk, a pratiqué l’exercice chaque année depuis 1936. On la voit, toujours dans la même position, fusil sur l’épaule et œil fermé, vieillir gentiment depuis ses seize ans. Et c’est Erik Kessels, graphiste, photographe et collectionneur de photos néerlandais, qui a rendu publique cette collection unique. D’autres portraits viennent compléter l'exposition, montrant des anonymes dans cette posture étrange, toujours terriblement identique. On sent une fascination face à la violence de l’arme dirigée vers nous, un systématisme dans la précision du geste et quelque chose de narcissique dans ces portraits inattendus. Et même les personnalités célèbres – parmi lesquelles Sartre, Beauvoir, Deleuze, Brassaï, Man Ray - se sont laissé prendre au jeu du tir photographique. Leurs photos, tout aussi fascinantes que celles des anonymes, défilent sur un mur blanc. Le visiteur peut lui aussi vivre la même expérience grâce au stand installé en fin de parcours et sur lequel l’ingénieux système a été reproduit. On tire dans le mille, et on repart des images plein la tête, des réflexions en suspension, et un portrait de soi dans la poche.

Extraits de l'article écrit pour www.marseillecapitale.fr et publié le 3 août 2010
www.marseillecapitale.fr/Promenade-photographique-a-Arles_a220.html


La fin des pellicules ?

Samedi 22 mai 
Un parcours photographique à travers les années 80 au mac ? De quoi me shampooiner un peu les méninges... ou pas.

L’exposition Années 1980 Un parcours photographique qui s’achève au [mac] de Marseille soulève bien des questionnements, mais pas forcément ceux attendus par les organisateurs. L’art photographique a-t-il sa place dans la ville ? Et quelle place ? À quels endroits ? Dans quelles proportions ? Pour quel public ?

Depuis le 1er avril dernier et jusqu’à ce samedi 22 mai (l’exposition était prévue jusqu’au 23 mai, mais le personnel du musée est en grève ce jour-là), le grand public est invité à voir une sélection de photographies d’artistes contemporains majeurs des années 80 : Années 1980 Un parcours photographique.




Minimalisme et dépouillement
Le titre est séduisant, le livret de présentation aguicheur, l’exposition laisse un sentiment de frustration. « Regarder aujourd’hui des photographies produites il y a plus de vingt ans », la proposition était pourtant intéressante. Mais malgré les neuf grands noms présentés - Suzanne Lafont, Jean-Marc Bustamente, Dieter Appelt, John Coplans, Craigie Horsfield, Jean-Luc Moulène, Patrick Tosani et William Wegman- la démonstration ne prend pas. La sélection de photographies présentée est maigre, les œuvres ne sont pas toujours les plus représentatives du travail de chaque artiste, ne sont pas forcément les meilleures. La mise en place est propre, le lieu est lumineux et son dépouillement – volontaire ou non – laisse la part belle aux œuvres. Mais au bout du compte, la notion de parcours laisse perplexe. Et si le visiteur français a accès à de précieuses informations concernant les photographes, l’observateur étranger ne peut pas apprécier l’exposition dans sa globalité. Aucune traduction des commentaires en anglais ni dans aucune autre langue n’est en effet proposée. Manque de moyens, d’ambition ? Manque de cohérence en tout cas de la part d’un musée d’art contemporain. 

Photographie : un parcours du combattant 
Les passionnés de photographie pourront se consoler en partant à la recherche des divers minuscules lieux dédiés à cet art pourtant majeur, distillés dans les rues de Marseille. Parmi eux, on trouve l’atelier à l’origine de l’exposition Années 1980 Un parcours photographique : La Traverse / Les Ateliers de l’image dans le 2e mais aussi Vol de Nuits dans le 5e, Camayeux dans le 13e, l’atelier De Visu ou encore le laboratoire de photo professionnel Rétine Argentique dans le 6e. 
Mais pour découvrir les talents confirmés ou en devenir, il faut avoir l’œil, un bon plan de la ville et l’envie de déambuler dans des galeries qui ne sont en fait souvent que des atelier-bureaux. L’éclairage n’y est pas toujours adéquat et la visite se fait parfois au milieu de gens qui travaillent. C’est pourtant grâce à ces initiatives, le plus souvent associatives, que le huitième art garde aujourd’hui une petite place dans la ville. Mais visiblement, les moyens manquent. Les expositions de grande ampleur aussi. Pour les trouver, il faut aller à Sète, au rendez-vous photographique ImageSingulières qui se tient pour la deuxième année dans divers lieux de la ville jusqu’au 30 mai. Ou attendre le 3 juillet pour se délecter de la 41e édition des Rencontres Arles Photographie.



Article écrit pour www.marseillecapitale.fr et paru le 22 mai 2010 
www.marseillecapitale.fr/Photographie-un-parcours-du-combattant_a200.html

Rumeurs sous le sèche-cheveux

Samedi 24 avril
Après une dure journée de travail, je m'apprête à passer une nuit au Poste.

Ce soir, La Maison Tellier a élu domicile au Poste à Galène le temps d’une soirée conviviale et intime entre rock et folk.

D’un groupe en train d’acquérir une belle notoriété, on attend souvent avec impatience qu’il joue son tube. Mais La Maison Tellier, lors du concert donné samedi soir à Marseille, a su captiver son audience sans tomber dans la facilité. Suite Royale, son entraînant opus ponctué de trompette, abondamment diffusé ces derniers mois sur les ondes de France Inter et Radio Nova, n’est arrivé que tard dans la soirée, alors que le charme avait déjà opéré.

Un air de Moriarty dans la folie sombre et mélancolique des musiciens, une couleur western venue d’on ne sait où, des accents de Noir Désir, quelques expressions de gospel... Raoul, Helmut et les trois autres membres de la famille Tellier offrent un univers multiple et déroutant. Univers dans lequel le public marseillais s’est laissé emporter sans résistance, jusqu'à en redemander.

Le premier album était là, le second aussi, et les reprises savamment choisies ont donné la preuve que la palette des possibles de La Maison Tellier est large. Un Neil Young (Harvest) toujours appréciable, un Rage Against the Machine (Killing in the Name) défouloir et quelques performances vocales ensorcelantes sont venues brouiller encore les pistes avec un éclectisme étonnant. Batterie, basse, contrebasse mais aussi trompette et banjo ont résonné longtemps dans une atmosphère de transe chaleureuse. Une intimité délicieuse comme seule la scène du Poste à Galène sait en offrir.

L’Art de la fugue, nouvel album de La Maison Tellier http://lamaisontellier.com

Extrait de l'article écrit pour www.marseillecapitale.fr et paru le 26 avril 2010
www.marseillecapitale.fr/Fugue-a-la-Maison-Tellier-une-nuit-au-Poste_a193.html

Cheveux courts, idées longues

Lundi 15 mars 
La librairie et galerie d'art contemporain du 6e arrondissement de Marseille Histoire de l'œil a besoin d'un petit relooking pour le printemps. Je pense pouvoir faire quelque chose.



















L'équipe : Michaël Menuet, architecte (www.michaelmenuet.fr) et moi

La demande : créer un événement éphémère dans la librairie

L'idée :
une installation vidéographique à base de mapping vidéo 3D

La scénographie : des traits de lumière blanche zébrant les murs de la pièce, créant des carrés prenant forme sur le sol, les murs et le plafond, évoluant perpétuellement, à la manière d'un scanner, vers le fond de la pièce en soulignant les contours des étagères et des tables qu’ils croiseront sur leur passage.
Une installation presque surnaturelle qui devrait susciter à la fois un sentiment de transgression et de fascination. Transgression car on devra regarder, comme un voleur, à travers la grille de la librairie, à une heure où personne ne peut nous voir, pour assister au spectacle. Fascination car les bandes lumineuses mouvantes guideront le regard, prendront le spectateur par les yeux pour l’aider à se promener dans la librairie.

L'objectif : permettre au passant — celui qui n’est jamais entré dans la librairie Histoire de l'œil, n’a jamais vu le lieu, l’a déjà vu mais ne s’est jamais senti concerné — de porter sur elle un autre regard.
Attirer, par une intervention nocturne, le regard des fêtards se dirigeant vers la Plaine, des passants rentrant chez eux, des automobilistes traversant la rue Fontange.


Décollement des racines

Vendredi 30 février
Le magazine américain Evolo vient de donner une mention spéciale au projet Tower/City/Towers des Aïe Architectes. C'est Madame Castelli, venue pour refaire sa couleur, qui me l'a dit.

Marseille aujourd'hui, dense et peuplée, fortement urbanisée











L'idée : la nature reprend peu à peu ses droits

Le projet : la population s'installe sur la mer dans une ville-tour reconstruite avec les ruines de l'ancienne ville












programme : réflexion autour de la densité et des gratte-ciel
maître d’ouvrage : Evolo magazine
maître d’œuvre : Aïe Architectes (www.aie-architectes.com)
Rédaction des textes et conseils pour l'harmonisation du rendu : moi

Pour en savoir plus sur le projet :

www.aie-architectes.com/aie-architectes/evolo.html
et sur le magazine Evolo :
www.evolo.us/competition/tower-city-in-marseilles