Lundi 20 décembre
L'humoriste et chroniqueur Stéphane Guillon était ce week-end à l'Espace Julien. Cervelle en ébullition sous une chevelure souple et ébouriffante, le spécimen m'intéresse.
On attend du lourd, du méchant, du trash, on veut des éclaircissements, des explications. On a presque envie de lui demander s’il va bien, depuis sa mise à pied de la radio publique France Inter, en juin dernier. Stéphane Guillon aborde d’emblée le sujet, crève l’abcès. Soutenu par le public visiblement acquis à sa cause, il gifle France Inter, écrase Philippe Val et achève Dominique Strauss-Khan avant d’enchaîner avec une dizaine de saynètes décousues.
Humour, démocratie et méchanceté
Sur les ondes du service public, on lui avait dit qu’il avait carte blanche, qu’il serait couvert quoi qu’il dise. Un sketch grinçant sur les sportifs handicapés a donné lieu à un premier avertissement, la chronique fatale sur Strauss-Khan a fini par pousser le trublion du service public, écouté et apprécié par près de deux millions d’auditeurs chaque matin, vers la sortie. « L’humour s’arrête là où commence la méchanceté » avait alors déclaré le directeur du FMI, blessé dans son orgueil. « Il ne me reste pas grand-chose, alors » répond Guillon.
Distillée ce soir sans excès, la méchanceté a réjoui. Et elle a été d’autant plus réjouissante qu’elle a dénoncé et bouleversé les codes du politiquement correct. Oui, il est plaisant de rire des handicapés même si une multitude de valides bien-pensants crie au scandale. Oui, il est plaisant de se moquer des politiques, même si c’est de leur physique. Tout n’est pas toujours drôle mais chacun y trouve son compte, les rires sont francs et le spectacle bon enfant.
Psychanalyse sur scène
Les thèmes choisis sont sombres, peut-être pour justifier cet humour de Guillon que l’on qualifie toujours de noir. De la naissance à la mort en passant par l’enfance, le vieillissement, la prison et Dieu, on a parfois l’impression d’assister à la psychanalyse de l’humoriste. Guillon règle ses comptes avec la vie. Au-delà de la méchanceté, on perçoit surtout l’angoisse de cet homme au front stressé, aux cheveux tourmentés, aux gestes nerveux. On s’interroge avec lui, un sourire crispé aux lèvres, et on se laisse emporter dans cet univers tour à tour étrange, surréaliste, grinçant, mordant, dérangeant. Un petit discours gêné vient clore cette dernière représentation à Marseille. Guillon remercie, explique ses précédents passages à Marseille, s’embrouille un peu, improvise des blagues bancales. On devine une fragilité. Peut-être la fatigue du dernier soir, légitime après cette franche partie de rigolade.
Extraits de l'article écrit pour www.marseillecapitale.fr et paru le 20.12.2010
http://www.marseillecapitale.fr/Guillon-regle-ses-comptes_a265.html