Cette semaine, pas un chat dans le salon : les amateurs de pellicules sont tous à Arles où les rencontres photographiques ont commencé. J'y vais aussi.
Cette année, les Rencontres Arles photographie proposent de l’insolite et du coloré, de l’émouvant et du burlesque, « du lourd et du piquant ». Depuis le début du mois de juillet, 60 expositions invitent à la promenade à travers la ville et au voyage à travers l’espace, le temps et les images.
Esthétisme et censure
Le premier voyage nous emmène dans la Chine des années 50 à 70, sous Mao. Avec l’exposition Re-visioning History, Zhang Dali décortique la propagande et la photographie manipulée. Pour y parvenir, l’artiste a effectué un minutieux travail de recherche pendant cinq ans. Il nous présente aujourd’hui l’original à côté de sa version modifiée, passée entre
les petites mains de la censure chinoise. Entre l’original retrouvé et l’image parue dans les journaux internationaux, la différence est souvent minime. Il manque une médaille ici, un personnage là. Le visage de Mao, pas assez souriant, est remplacé par un autre, minutieusement découpé dans une autre photo. Ses dents sont étincelantes, comme celles de ces paysans présentés dans un article français glorifiant leur hygiène et leur vie saine.
Les légendes, peu nombreuses, manquent parfois mais celles qui sont présentes sont parlantes : « clean village » (« village propre »), « our family life is better everyday » (« notre famille se porte chaque jour un peu mieux »). Des inscriptions sur des banderoles sont changées, disparaissent, des portraits de Mao sont rajoutés sur les murs. On obtient au final de belles images, lisses et colorées, montrant des gens sains et heureux dans un monde idéalement composé et parfaitement harmonieux. Chaque chinois photographié devient alors une icône de perfection aux yeux du monde entier. Mais il ne s’agit pas toujours de politique, la motivation est souvent purement esthétique. On gomme un homme pas assez beau, une partie de la photo qui semble inutile, des jambes ou des bras parasites. Au final, l’exposition interroge par la force de son actualité. Dans nos démocraties actuelles, quelle image n’est pas passée par Photoshop avant d’arriver dans les pages de nos journaux ? Quel visage, quelles jambes n’ont pas été retouchées ? Se pose alors une question essentielle : où s’arrête l’esthétisme, où commence la censure ?
De la distraction à l'existentialisme
Inattendue et fascinante, l’exposition Shoot ! La photographie existentialiste se penche sur cette attraction de fête foraine qui, au milieu du XXe siècle, permettait de repartir avec son portrait en tirant à la carabine. Une Néerlandaise, Ria van Dijk, a pratiqué l’exercice chaque année depuis 1936. On la voit, toujours dans la même position, fusil sur
l’épaule et œil fermé, vieillir gentiment depuis ses seize ans. Et c’est Erik Kessels, graphiste, photographe et collectionneur de photos néerlandais, qui a rendu publique cette collection unique. D’autres portraits viennent compléter l'exposition, montrant des anonymes dans cette posture étrange, toujours terriblement identique. On sent une fascination face à la violence de l’arme dirigée vers nous, un systématisme dans la précision du geste et quelque chose de narcissique dans ces portraits inattendus. Et même les personnalités célèbres – parmi lesquelles Sartre, Beauvoir, Deleuze, Brassaï, Man Ray - se sont laissé prendre au jeu du tir photographique. Leurs photos, tout aussi fascinantes que celles des anonymes, défilent sur un mur blanc. Le visiteur peut lui aussi vivre la même expérience grâce au stand installé en fin de parcours et sur lequel l’ingénieux système a été reproduit. On tire dans le mille, et on repart des images plein la tête, des réflexions en suspension, et un portrait de soi dans la poche.
Esthétisme et censure
Le premier voyage nous emmène dans la Chine des années 50 à 70, sous Mao. Avec l’exposition Re-visioning History, Zhang Dali décortique la propagande et la photographie manipulée. Pour y parvenir, l’artiste a effectué un minutieux travail de recherche pendant cinq ans. Il nous présente aujourd’hui l’original à côté de sa version modifiée, passée entre
les petites mains de la censure chinoise. Entre l’original retrouvé et l’image parue dans les journaux internationaux, la différence est souvent minime. Il manque une médaille ici, un personnage là. Le visage de Mao, pas assez souriant, est remplacé par un autre, minutieusement découpé dans une autre photo. Ses dents sont étincelantes, comme celles de ces paysans présentés dans un article français glorifiant leur hygiène et leur vie saine.Les légendes, peu nombreuses, manquent parfois mais celles qui sont présentes sont parlantes : « clean village » (« village propre »), « our family life is better everyday » (« notre famille se porte chaque jour un peu mieux »). Des inscriptions sur des banderoles sont changées, disparaissent, des portraits de Mao sont rajoutés sur les murs. On obtient au final de belles images, lisses et colorées, montrant des gens sains et heureux dans un monde idéalement composé et parfaitement harmonieux. Chaque chinois photographié devient alors une icône de perfection aux yeux du monde entier. Mais il ne s’agit pas toujours de politique, la motivation est souvent purement esthétique. On gomme un homme pas assez beau, une partie de la photo qui semble inutile, des jambes ou des bras parasites. Au final, l’exposition interroge par la force de son actualité. Dans nos démocraties actuelles, quelle image n’est pas passée par Photoshop avant d’arriver dans les pages de nos journaux ? Quel visage, quelles jambes n’ont pas été retouchées ? Se pose alors une question essentielle : où s’arrête l’esthétisme, où commence la censure ?
De la distraction à l'existentialisme
Inattendue et fascinante, l’exposition Shoot ! La photographie existentialiste se penche sur cette attraction de fête foraine qui, au milieu du XXe siècle, permettait de repartir avec son portrait en tirant à la carabine. Une Néerlandaise, Ria van Dijk, a pratiqué l’exercice chaque année depuis 1936. On la voit, toujours dans la même position, fusil sur
l’épaule et œil fermé, vieillir gentiment depuis ses seize ans. Et c’est Erik Kessels, graphiste, photographe et collectionneur de photos néerlandais, qui a rendu publique cette collection unique. D’autres portraits viennent compléter l'exposition, montrant des anonymes dans cette posture étrange, toujours terriblement identique. On sent une fascination face à la violence de l’arme dirigée vers nous, un systématisme dans la précision du geste et quelque chose de narcissique dans ces portraits inattendus. Et même les personnalités célèbres – parmi lesquelles Sartre, Beauvoir, Deleuze, Brassaï, Man Ray - se sont laissé prendre au jeu du tir photographique. Leurs photos, tout aussi fascinantes que celles des anonymes, défilent sur un mur blanc. Le visiteur peut lui aussi vivre la même expérience grâce au stand installé en fin de parcours et sur lequel l’ingénieux système a été reproduit. On tire dans le mille, et on repart des images plein la tête, des réflexions en suspension, et un portrait de soi dans la poche.Extraits de l'article écrit pour www.marseillecapitale.fr et publié le 3 août 2010
www.marseillecapitale.fr/Promenade-photographique-a-Arles_a220.html