Samedi 8 janvier
Ce soir, je teste les fauteuils du Toursky. S'ils sont confortables, j'appelle leur fournisseur.
Avant la représentation d'Une famille ordinaire, pièce de José Pliya mise en scène par Peter Hans Cloos, la salle du Toursky retenait son souffle. Mais l'émotion n'était pas au rendez-vous.
Avant la représentation d'Une famille ordinaire, pièce de José Pliya mise en scène par Peter Hans Cloos, la salle du Toursky retenait son souffle. Mais l'émotion n'était pas au rendez-vous.
Le décor est sobre : quelques chaises, une table, un fauteuil, une dizaine de transistors posés au sol. Nous sommes en 1939, à Hambourg, en Allemagne. Un fils (Matthias Bensa) peu estimé de son père (Roland Bertin) revient du bureau de recrutement de la Police où il a passé les tests avec succès. Il partira donc servir son pays en Pologne, dans une unité spéciale. Le père, vieillissant, bedonnant, courbé sur une canne, est vexé : sa candidature a été refusée alors que celle de son fils, faible de corps et d’esprit, a été acceptée. La mère du nouveau soldat (Christiane Cohendy) est heureuse que son fils soit heureux. Sa femme (Laure Thierry) pressent déjà la solitude et les dangers. Leur petite fille (Bérangère Allaux) est absente. Comme toujours, elle dort chez les voisins. Elle est pourtant présente sur la scène, adolescente papillonnant entre les personnages sans être vue. C'est elle la narratrice qui raconte l’histoire de sa famille. L’action est lente, ne démarre pas, tressaute puis retombe.
Frustration et absence d'émotions
Le fils une fois parti en Pologne, commence alors une longue période de frustration chez le père : quand le soldat rentre en permission, il est avare de mots. Frustration également chez sa femme : son mari ne la regarde plus, ne la touche plus, parle dans son sommeil de cette guerre qu’il ne veut pas raconter à son père. Une situation tendue qui amène la jeune femme à proposer à son beau-père un répugnant marché : il devra la combler pour connaître les exploits de son fils.
On voit ce qu’il y a de malsain dans les mots prononcés et dans les postures prises, mais on ne ressent qu'une légère gêne, tout au plus un vague dégoût. On ne ressent d’ailleurs pas grand-chose face à cette famille pas si ordinaire, à part peut-être une certaine incrédulité. Défaut ou fait exprès ?
En arrière-plan, des images vidéos difficiles à déchiffrer défilent et rendent la concentration pénible, la compréhension compliquée. Peu à peu, la pièce s'enlise, l'ennui s'installe. Soit, le fils est un « finisseur d’enfant », un soldat sans âme qui a pourtant besoin de voir sa fille quand il rentre en permission. Soit, sa mère est une brave femme au foyer, qui protège la petite des voisins mais aide la police qui recherche ses parents. Soit, le père est un mauvais père, un soldat raté et un salop potentiel. Soit, la belle-fille est une égoïste qui ne pense ni à son enfant ni à son pays mais seulement à son propre plaisir. Et ensuite ? Et alors ?
La pièce en dit beaucoup sur l’inutile (un topo fourni sur la ville de Hambourg), peu sur l’essentiel (la Shoah). Peut-être parce que tout a déjà été dit ? La frustration atteint en tout cas aussi le spectateur. L’ennui est là, l’émotion pas.
Frustration et absence d'émotions
Le fils une fois parti en Pologne, commence alors une longue période de frustration chez le père : quand le soldat rentre en permission, il est avare de mots. Frustration également chez sa femme : son mari ne la regarde plus, ne la touche plus, parle dans son sommeil de cette guerre qu’il ne veut pas raconter à son père. Une situation tendue qui amène la jeune femme à proposer à son beau-père un répugnant marché : il devra la combler pour connaître les exploits de son fils.
On voit ce qu’il y a de malsain dans les mots prononcés et dans les postures prises, mais on ne ressent qu'une légère gêne, tout au plus un vague dégoût. On ne ressent d’ailleurs pas grand-chose face à cette famille pas si ordinaire, à part peut-être une certaine incrédulité. Défaut ou fait exprès ?
En arrière-plan, des images vidéos difficiles à déchiffrer défilent et rendent la concentration pénible, la compréhension compliquée. Peu à peu, la pièce s'enlise, l'ennui s'installe. Soit, le fils est un « finisseur d’enfant », un soldat sans âme qui a pourtant besoin de voir sa fille quand il rentre en permission. Soit, sa mère est une brave femme au foyer, qui protège la petite des voisins mais aide la police qui recherche ses parents. Soit, le père est un mauvais père, un soldat raté et un salop potentiel. Soit, la belle-fille est une égoïste qui ne pense ni à son enfant ni à son pays mais seulement à son propre plaisir. Et ensuite ? Et alors ?
La pièce en dit beaucoup sur l’inutile (un topo fourni sur la ville de Hambourg), peu sur l’essentiel (la Shoah). Peut-être parce que tout a déjà été dit ? La frustration atteint en tout cas aussi le spectateur. L’ennui est là, l’émotion pas.
Facilité ou banalité calculée ?
Les ressorts faciles se multiplient. Évidemment, le vieux couple ne se supporte plus, évidemment, les voisins sont Juifs, évidemment, leur fille s’appelle Sarah, évidemment, voilà des gens ordinaires qui ont participé, activement ou passivement, au régime nazi. Mais la dénonciation ne prend pas, le portrait de famille reste vague, les rapports sont flous et l’absence totale d’amour entre les différents personnages rend le propos obscur. Certes, le Mal est partout, il est humain, mais l’amour l’est aussi, même en temps de guerre. Et c’est d’ailleurs cette cohabitation des deux qui est intéressante. Les Nazis aimaient leurs femmes, leurs enfants, aimaient la musique, aimaient rire. Dans cette famille ordinaire, pas d’amour, pas de musique, pas de rire. On ne s’attache pas aux personnages, on n’y croit pas. Seule Laure Thierry (Laure Wolf) convainc, exaltée, lumineuse et profonde, et nous offre de vrais instants de théâtre dans cette pièce désespérément sans résonance.
Une Famille ordinaire de José Pliya
mise en scène de Hans Peter Cloos
Vendredi 7 et samedi 8 janvier à 21h au Théâtre Toursky
