Mercredi 5 octobre
Le 6 décembre 2008, Alexandros-Andreas Grigoropoulos, 15 ans, était abattu d’une balle en pleine poitrine à Exarcheia, quartier central d’Athènes. La compagnie italienne Motus en a fait une expérience théâtrale : Alexis, une tragédie grecque.
Le décor est minimaliste : un rétro-projecteur, un ordinateur, et sur le mur, les sous-titres en français des dialogues italiens. Le sujet est net : la révolte d'un peuple, mais aussi celle d'une génération, celle d'une époque.
La tension est palpable : névrose, tristesse, angoisse, stupeur, rage, impuissance. Tous les sentiments sont là, dessinant peu à peu le portrait d'une génération dans l'impasse.
La pièce est un enchaînement subtil et parfaitement maîtrisé de réflexions et commentaires de comédiens et de vidéos illustrant les faits et interrogeant la jeune génération grecque, rencontrée l'année dernière à Athènes. La mise en scène est orchestrée avec une minutie proche de la perfection.
Comment transformer l’indignation en action ? Tel a été le point de départ de cette pièce transgenre et des ateliers de travail qui l'ont précédés. Pour y répondre, la troupe Motus a choisi d'établir un parallèle avec la tragédie d'Antigone, faisant d'Alexis un nouveau Polynice. Autre temps, autre mœurs, mêmes drames humains ? Commencé avant le meurtre d'Alexis, le projet avait en fait pour objet initial de retrouver « la trace d’Antigone » (en grec « Syrma Antigònes », nom du projet). La mort du jeune homme est survenue lors du premier workshop organisé à Athènes. Les ateliers suivants ont donc naturellement conduit les acteurs y participant à s'immerger dans cette société en révolte et à se pencher sur cette tragédie grecque contemporaine.
Sur scène et dans les vidéos, l'anglais se mélange au grec et à l'italien, les dialogues aux extraits vidéos, la colère à la stupeur, dans un chaos pénible et fastidieux. Les multiples références nécessaires à la compréhension du projet (littéraires, mythologiques, historiques, géopolitiques) le rendent élitiste. La mise en abyme des acteurs nous montrant par le biais de la vidéo le cheminement de leur réflexion ajoutent à la confusion. La volonté de faire participer le public en l'incitant, en fin de parcours, à monter sur scène, est à la fois démagogique et vaine.
Le résultat est épuisant malgré le (ou à cause du) jeu de scène énergique et fascinant de la comédienne principale, Silvia Calderoni, par ailleurs admirable. Épuisant et déprimant. Pas de solution, pas de réponse, pas d'espoir, juste un interminable mouvement saccadé de la tête et du torse de haut en bas et de bas en haut, à la fois hypnotique et incompréhensible...
Alexis, une tragédie grecque
Compagnie Motus
Théâtre du Gymnase